Tuesday, May 6th, 2008
La Culture du “fady” mêlée au développement et à la conservation dans la région de Daraina
De Mahajanga, j’ai bougé vers le nord … une nuit à Port Berger puis transbordement a Ambilobe pour aller à Daraina.
Rien à dire sur Port Berger et encore moins sur Ambilobe … j’étais ému de fouler la terre des Antakarana, et de voir tous ce «beau» monde joufflu, ruminant des feuilles de khat.
Je n’ étais pas resté longtemps à Ambilobe, juste quelques heures pour manger des mofo katakata (mofo akondro), et de godrogodro au coco, prendre quelques provisions pour la route … car à partir de maintenant, tout peut arriver…
Au nord de Madagascar, compris dans le carré des latitudes 12°53’ et 13°27’S et des longitudes 49°26’ et 49°55’E, se situe une zone de conservation appelée « la région de Daraina ». C’est l’arrière-pays d’une région mondialement célèbre pour ses exportations de la vanille : la région de la SAVA (Sambava-Antalaha-Vohémar-Andapa).
Il y a près de 100 Km entre Ambilobe et Daraina et nous avons mis 6 heures de voiture pour ce trajet en prenant la Route national 5A. Route national étant un grand mot car c’ était une piste de terre rouge, bien bien poussiéreuse et souvent boueuse. On dit ici qu’il faut 10 heures pour faire ce trajet en période de pluie. (no comment)
Qu’est ce qu’il y a de si intéressant à Daraina ?
Il y a tout dans la région de Daraina : Du riz (bien évidement) des Zébus et de l’or. Tout ce qui y a de luxueux pour un malgache moyen. Mais il y a aussi les femmes …et les hommes…qui y vivent depuis …longtemps.
98% des gens qui vivent ici sont agriculteur (agriculture de subsistance). Ils sont à la fois éleveurs de zébus.
Depuis que les colons ont décrété la région « zone de pâturage » c’est en quelque sorte le paradis des zébus. Les troupeaux se promènent partout et sans bouvier. Ils sont prioritaires quand ils traversent la route contrairement aux usages des pays occidentaux. Ici on clôture plutôt les Rizière ou les champs de maïs … mais pas les zébus … Ils sont libres! Tellement libre que les gens ne touchent même pas à leur … lait c’est “fady“-interdit, parait-il – il y en a quand même qui en boivent … mais n’est pas très courant.
La vie ici est un quotidien fait de mora mora (doucement sans se presser) comme un peu partout à Mada. Et cette notion du mora mora malgache est encore accrue par un concept de jour faste ou jour interdit “fady”. Ainsi, il est interdit-fady- une fois encore d’aller travailler la terre le mardi et le jeudi pour la majorité. Sauf qu’il n’est pas rare que Monsieur – dont les jours interdits sont les mardis et les jeudis – fais sa demande de mariage en ces jours. Les gens ne travaillent donc plus que le lundi, le mercredi et le samedi car dimanche, c’est le jour du seigneur … donc on se repose… Belle vie hein, n’est-ce pas ? Disons simplement que les jours fady sont mis à profit pour d’autres activités (fair play).
Vous ne croirez pas mais la notion de temps est très aléatoire ici et l’argent n’est pas de l’argent. On dit ici que les vazaha (européen) ont des montres et les Malgaches ont le temps…
En effet, améliorer les effets vestimentaires, l’état de la case, l’alimentation quotidienne ne sont pas des besoins pour eux, ce qui compte c’est uniquement la vie. Dans une pyramide de Maslow relatif au degré de bien-être psychologique et social d’un individu, c’est l’acquisition d’un cheptel bovin qui est plus important et constitue le sommet de l’épanouissement personnel de ses gars là. Ce cheptel bovin se constitue dans un laps de temps de quatre à cinq ans pour une revente dans quatre à cinq ans aussi.
Daraina est également réputée pour ses filons aurifères qui attirent par vagues périodiques des mineurs et leur famille. On nous raconte qu’il fut un temps ou la région a connu une grande période de ruée vers l’or.
Une grande richesse en biodiversité s’y trouve également à Daraina. Différents types forestiers se rencontrent dans un rayon de 30km: forêt littorale, forêt dense humide, forêt dense sèche, forêt de transition, forêt de montagne abritant un vrai condensé de la richesse écologique de Madagascar…
C’est dans ces massifs forestiers que se trouve le château du Roi à couronne dorée, le Propithèque de Tattersall - Propithecus tattersalli alias l’Ankomba malandy alias Golden-cowned Sifaka , espèce menacée que l’ensemble des communautés scientifiques et Fanamby s’évertue à sauvegarder.
C’est en 1988 que Monsieur Tattersall à découvert cette nouvelle espèce de lémurien, provoquant l’intérêt du monde scientifique pour la région, et portant son nom.
L’orpaillage, les feux de forêts, la coupe sélective de bois pour l’usage quotidien des communautés, l’élevage extensif de zébus … Sont autant de pressions anthropiques à l’origine de la diminution des effectifs de cette espèce dont l’habitat est fortement fragmenté aujourd’hui. Heureusement qu’ici dans la région, les gens ne chassent pas l’akomba Malandy car c’est « fady – interdit ».
La croyance des orpilleurs veut que celui qui croise une famille de propithèque à couronne dorée pendant qu’il cherche de l’or ne rentrera pas la main vide mais trouvera au moins quelques pépites…
Comme quoi, d’un coté, le fady est à la fois un handicap pour le développement de la région et de l’autre coté, il a permit de protéger ce Lémurien qui aurait sûrement disparu aujourd’hui.
L’”Akomba Malandy” a été placé récemment sur la liste des 25 espèces de primates les plus menacées de la planète. Il se trouve uniquement dans le loky Manambato et ne se trouve nulle part ailleurs … Pour le voir (dans son habitat naturel stp) il faut venir ICI .